Actus

Interview | Réactions à chaud sur une semaine de résidence à l’ARA

La compagnie Stelistô De Tempo a fait son nid à l’ARA le temps d’une semaine de création sonore et musicale pour le spectacle Sans Frontières Fixes.

Après quelques jours à partager nos locaux avec Céline et Coline, comédiennes et metteures en scène pleines d’énergie qui ont répandu leurs bonnes ondes dans toute notre bâtisse, on se dit que Sans Frontières Fixes (la poésie de Jean-Pierre Siméon dont elles ont emprunté le nom pour leur spectacle) leur sied bien. Ce poème parle de liberté, respire la bienveillance et appelle à s’affranchir des barrières qui peuvent se présenter à nous ou nous couper des autres.

La forme qu’elles ont choisie pour ce spectacle ne fait pas grand cas des étiquettes sous lesquelles on s’échine souvent à vouloir ranger les spectacles, les styles musicaux, etc. Elles ont entremêlé la poésie, le théâtre et la forme du concert. Leur Sans Frontières Fixes est polymorphe et tout-terrain : on les a vu jouer ce concert poétique dans une médiathèque, un samedi en fin d’après-midi.

Cette représentation était l’aboutissement de la semaine de résidence passée à l’ARA avec Olivier, leur ingénieur du son, Dorian, l’un des musiciens invité à partager la scène et Rémi, conseiller artistique qui les a accompagnées le temps d’une journée.

Retours avec Céline sur cette semaine de création.

D’où vient cette envie de travailler avec la musique, de l’imbriquer dans la poésie ?

Coline et moi sommes toutes les deux très sensibles à la musique. Coline prenait des cours de chant au moment de la création et on avait envie de mettre de côté l’aspect un peu solennel de la poésie. On a pensé qu’à travers la musique on allait pouvoir instaurer un autre rapport avec le public, c’est une chose essentielle pour le spectacle que l’on voulait créer. Sans Frontières Fixes est une forme où l’on casse la barrière entre la scène et la salle, où l’on est en interaction avec le public, dans lequel on a envie d’insuffler quelque chose qui peut suspendre le temps, tout en laissant le·la spectateur·rice dans le rêve et le dynamisme. On pense que la musique nous aide à parvenir à ça, on a eu la sensation évidente que pour ce projet il fallait que l’on soit accompagnées d’un musicien.

Quels objectifs ont guidé votre travail cette semaine ?

Nous ne sommes pas musiciennes et nous avons décidé d’expérimenter des choses qui ne sont pas faciles ni habituelles pour nous. On a donc un gros travail à faire sur le fond, la technique, sur la précision.
Notre objectif a été de construire la globalité sonore du spectacle. On voulait apporter des sonorités du réel pour faire voyager les spectateur·rice·s à la fois à travers ces sons bruts et la composition musicale. Jusqu’à présent, nos musiciens (Dorian Baste et Kacem Mesbahi), improvisaient tout au long du spectacle. Aujourd’hui, l’impro garde une belle place mais on avait besoin de moments plus balisés pour que l’on s’amuse en tant que « non-chanteuses ». L’idée était de créer ces morceaux pour nous permettre d’être plus précises dans notre chant.
Bref, l’objectif était de créer toute la matière sonore du spectacle.

« On voulait apporter des sonorités du réel pour faire voyager les spectateur·rice·s à la fois à travers ces sons bruts et la composition musicale. »

Être à l’ARA, qu’est-ce que ça vous a apporté pour réaliser vos créations ?

Ce qui était extraordinaire cette semaine, c’est qu’on avait le dispositif et la technique pour pouvoir avancer sur cette création sonore, qui est en quadriphonie. Cette technologie permet de spatialiser les sons dans l’espace, pour créer une bulle autour du public et lui permet de mieux s’imprégner du spectacle.
Être à l’ARA nous a aussi permis de travailler sur nos voix, car le micro est un nouvel outil pour nous qui avons l’habitude de déclamer. On a appris à « parler petit », à être plus dans le concret.

Comment Rémi, le conseiller artistique venu passer quelques heures avec vous, vous a-t-il accompagnées dans ce temps de création ?

Ce qui était particulier pour Rémi, c’est qu’il est arrivé à un moment où notre création n’était pas du tout aboutie et on lui avait demandé d’avoir un regard général. Ce qui n’est pas très évident ! Finalement, son travail a été très différent de celui attendu et il a été remarquable dans son adaptation face à notre retard et à nos besoins. Avec ses compétences d’ingénieur du son, il nous a aidé a enregistré correctement nos captations. Il nous a aussi donné une méthodologie pour ne pas perdre de temps et des clés pour mieux nous organiser alors qu’on était pressé·e·s, mais en train de nous éparpiller…

« Finalement, [le travail de Rémi] a été très différent de celui attendu et il a été remarquable dans son adaptation face à notre retard et à nos besoins. »

En plein milieu de cette semaine de résidence, vous avez pris quelques heures pour rencontrer des personnes du Centre Médico-Psychologique de Roubaix et du foyer de vie pour personnes en situation de handicap Interval, venues découvrir les coulisses de la création.

On adore faire des rencontres et des ateliers dans les lieux où l’on va ! On trouve que c’est très constructif et nourrissant. Quand on joue, on regarde les gens, on réajuste notre jeu en fonction des réactions, on laisse la place aux gens qui veulent prendre la parole ou intervenir de le faire de la manière dont ils ont envie. Alors on aime bien, quand on est en plein travail, pouvoir tout de suite tester ce qu’on a créé et savoir comment les personnes ont réagi, ce qu’elles ont ressenti et ce qu’elles en ont pensé. On est très attentives à ce que les personnes peuvent nous apporter.

Aujourd’hui, l’écoute des spectateur·rice·s était sublime et toutes les réactions étaient extraordinaires, alors que c’était un moment très particulier pour nous. Quand on est en pleine création, on est aussi en situation de fragilité : on sait qu’on n’a pas encore assez travaillé, on ne sait pas si ça va marcher. C’est un gage de confiance de se lancer devant un public.


Un grand merci à Céline et Coline, ces « voleuses de temps » (c’est ce que signifie Stelistô De Tempo en espéranto) avec qui nous avons refait le monde et que l’on n’arrivait plus à quitter après cette interview !

Pour voir Sans Frontières Fixes bientôt, il vous faudra voyager jusqu’en Alsace, où la prochaine représentation est prévue dans le cadre des « Fenêtres de l’Avent ». Surveillez le programme du festival pour en connaitre la date !

ARA


301 Avenue des Nations Unies
59100 Roubaix
> Adresse e-mail

Tél. : 03 20 28 06 50
Fax : 03 20 68 06 78
© ARA 2017